Mia Moké, l’application qui nous interpelle sur l’écologie

A Dakar, l’entrepreneur Karim Gadjigo et toute son équipe de l’agence de communication Advise ont lancé un programme à la fois ludique et ambitieux : toucher et sensibiliser les enfants africains aux dangers de la pollution, un fléau en Afrique. Une ville comme Lagos produirait ainsi aux alentours de 10.000 tonnes de déchets de toutes sortes… quotidiennement ! Avec son personnage Mia Moké, Karim nous explique comment cette petite héroïne africaine peut pousser les jeunes africains à apprendre – très tôt – à agir au quotidien dans le respect de l’environnement.

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Hello! Peux tu te présenter ?

Bonjour, Je m’appelle Karim GADJIGO. Je suis directeur associé de l’Agence Advise à Dakar au Sénégal. Je travaille depuis près de 25 ans dans le domaine de la publicité, en particulier dans la création de marques et les stratégies d’image (www.agenceadvise.com). Tout au long de mon parcours professionnel j’ai eu l’occasion de créer et d’accompagner de nombreuses marques sur le continent africain et hors du continent. J’ai également eu l’opportunité de développer et de collaborer à de nombreux projets dans des secteurs divers allant de la production télévisuelle (conception et production de concept de télé réalité,…), la production d’évènements, le design graphique et textile (création et prototypage de marques de street wear africain), la conception et le développement de concepts avancés (plateformes micro-financement participatif, solution innovante de monétisation,…), et l’accompagnement de projets dans le domaine social ou environnemental. Aujourd’hui, et depuis près de 20 ans, mon objectif est de développer des contenus et d’inciter les africains à créer plus de contenus créatifs et innovants dans les secteurs de la culture et de l’image. Nous avons aujourd’hui les outils (bouquets télévisuels, plateformes de VOD, lecteurs numériques, iPAD,SMARTPHONES, etc..) mais on se rend compte du retard énorme que nous avons pris dans le domaine de la production de contenus. Il est donc nécessaire de réfléchir au financement de l’innovation et de la culture en Afrique qui est au niveau le plus bas, sinon nous courons le risque de voir nos outils envahis de contenus étrangers ou de contenus locaux à faible « valeur culturelle ajoutée ».

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Comment as tu eu l’idée de créer ta startup ? Quel fut le premier déclic ?

A la création de l’Agence Advise en 2011, nous avons tout de suite eu l’idée, avec mon associé Haïdar Chams, de créer un incubateur interne pour développer des projets et des concepts innovants pour l’Afrique. Quelques années auparavant j’avais créé le personnage de « Mia Moké » dans le cadre d’un projet de design textile pour enfant et nous avons décidé d’étendre son développement et ses objectifs au sein de l’incubateur de l’agence. Le déclic m’a été donné un jour en voyant des centaines d’enfants africains aller tous les jours à l’école avec des cartables « Barbie », « Hello Kitty », « Dora l’exploratrice », … Je me suis posé la question sur l’impact que pouvaient avoir ces héros étrangers sur le développement de l’identité de nos enfants. Comment donner confiance à nos enfants africains si, dès l’âge de la construction de leur identité, ils s’aperçoivent que tous les héros de leur univers sont des héros qui n’appartiennent pas à leur culture et ne reflètent pas leur image ? La place du héros dans l’univers de l’enfant est primordiale. Les enfants fonctionnent beaucoup par « projection » et le héros concentre souvent des valeurs comme le courage, l’intelligence, l’empathie, la confiance en soi, etc… Alors, il nous est apparu fondamental que notre génération future puisse aussi avoir ses propres petits héros et qu’elle retrouve foi et confiance en sa culture et son identité.. Voilà comment « Mia Moké » est arrivée avec son grand message d’espoir et sa détermination à changer les choses avec ses petits moyens !

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Quelles solutions apportes tu avec ta startup ? Et quel est ton modèle économique ?

Le programme « Mia Moké » apporte de nombreuses solutions. Sur le fond, je pense avoir répondu dans la question précédente en abordant les notions d’identité culturelle et de développement personnel de l’enfant. Sur la forme, le concept « Mia Moké » a pour objet de proposer une jeune héroïne africaine, fière de son identité, courageuse et intrépide, consciente de son époque et attachée à des valeurs nobles et fortes, essentielles à la compréhension du monde moderne par les enfants. Son histoire est construite sur une base à la fois moderne et imaginaire (le monde des Djindjins) et des thématiques abordant des problèmes cruciaux du continent (pollution, environnement, civisme, …). Ce positionnement permet de faire de ce projet un univers unique dédié à l’amusement (histoires, jeux, coloriages, chansons, …) mais aussi à l’éducation (pages didactiques, connaissance de l’environnement, apprentissage de la langue, …). En parlant de solutions, il faut quand même comprendre qu’avant « Mia Moké », il n’y avait aucune application africaine dans la section ludo éducative sur la plateforme d’Apple (sur un total de 2 millions d’applications disponibles). Aujourd’hui nous considérons que c’est une solution que nous apportons aux parents africains qui disposent d’uneTABLETTE, en Afrique ou à l’étranger, afin qu’ils puissent télécharger un contenu riche et positif qui séduise leurs enfants et les rende fiers de leur identité et de leur culture.

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Quels obstacles as tu rencontré dans le développement de ton produit, et comment y as tu fait face ?

La plus grande difficulté du programme « Mia Moké », et de tous les projets africains tournés vers la culture et l’innovation, c’est le financement. « Mia Moké » est un programme que nous poursuivons depuis près de quatre ans maintenant. C’est un investissement lourd qui concerne le développement logiciel avec un back-office original, un codage personnalisé, des formations techniques, des investissements sur la formation de personnels dédiés, etc. Aucune ligne de financement n’étant disponible pour ces projets innovants, nous avons été contraints de développer entièrement sur fonds propres avec notre activité d’agence de communication. Il faut accepter cette cette vérité, si cruelle soit elle, l’Afrique n’a accès à aucun financement sur ce type d’innovation ! Pour avancer il faut trouver ses propres ressources ou éventuellement se regrouper sous forme de plateforme collaborative, ce que font très bien certaines personnes au Sénégal comme Jokolabs. Les institutions et organismes financiers que j’ai rencontré ont fait ce triste constat avec moi en toute franchise. Bien qu’emballés par ce vaste projet qui possède une réalité économique certaine, ils m’ont tous fait comprendre qu’aucune structure ne financerait « du fond de roulement ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Financer l’innovation c’est financer des charges courantes et des personnes qui réfléchissent avant tout, sans aucune certitude de rentabilité. C’est la réalité de l’innovation; elle n’aboutit pas toujours à de la rentabilité ! Les financements que vous trouvez aujourd’hui en Afrique sont mis en place pour de l’infrastructure, des industries pour des produits de première nécessité (usine de lait, etc)… des projets qui permettent aux financiers de minimiser le risque en se concentrant sur des secteurs connus (alimentaire, mines, etc). Dans ces secteurs, le retour sur investissement est pratiquement garanti et, dans le pire des cas, ils peuvent envisager de minimiser leur perte grâce à la revente de l’outil de production. L’innovation est un secteur ou les facteurs de risques sontIMPORTANTS et plus le risque est important et moins vous trouvez de solutions financières.

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Quels sont tes besoins en matière de financement ou d’accompagnement ? Un message à faire passer à la communauté #TECHAfrique ?

A ce stade nous avons auto-financé toute la conception et le développement de l’application (l’application est disponible au téléchargement sur l’AppSTORE en « mode Freemium avec un achat intégré unique à 3,99 euros »). A présent nous essayons de sensibiliser les organismes qui comprennent l’enjeu majeur de l’éducation environnementale (agences de développement, fondations, ONG, associations…) afin de trouver des lignes de financement pour étendre le programme et proposer des versions étrangères en anglais, espagnol… et pour accélérer la production des deux nouvelles histoires de « Mia Moké ». Notre potentiel est immense; l’accueil de « Mia Moké » sur la cible des 4-10 ans est fabuleux. Les enfants adorent « Mia Moké » et comprennent immédiatement la nécessité d’aimer et de protéger la nature.… et c’est notre plus belle satisfaction. Le personnage est très « addictif » et les demandes fusent de toutes parts (poupées, films, cartables, jeux, etc).. Nous voudrions commencer le développement de franchises et de licences, nous avons plein d’idées mais sans assise financière tout va plus lentement.

La suite de l’article: Tech Afrique

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