L’Afrique le contient des femmes entrepreneures

Depuis plus d’une décennie, les femmes africaines ne sont plus ce qu’elle étaient autrefois dans la société africaine, c’est à dire de simples ménagères. En effet celles-ci participent hardiment à la croissance de l’Afrique et n’en demeure pas moins au premier plan. Zoom sur ces jeunes entrepreneures qui font bouger le continent.

Ne cherchez plus. Les chiffres sont formels : c’est en Afrique que l’on trouve le plus fort taux de femmes entrepreneures au monde. On les trouve plus précisément en Afrique sub-saharienne, selon une étude réalisée par le consortium The Global Entrepreneurship Monitor (GEM), parue en février 2015. Elles représentent 27% des entrepreneurs dans cette zone. Comment expliquer de tels chiffres ?

Pour Yasmin Belo-Osagie et Afua Osei, jeunes co-fondatrices de She leads Africa, une plateforme pan-africaine qui présente les femmes les plus prometteuses aux investisseurs, la raison est double : le besoin et les opportunités. « D’une part, il n’y a pas suffisamment de jobs et les gens doivent donc se battre pour se créer leurs propres opportunités d’affaires. D’autre part, étant donné que l’Afrique est l’une des économies les moins développées du monde, il y a énormément d’opportunités pour les entrepreneurs qui peuvent imaginer des solutions propres au marché africain, estiment-elles. Ainsi naissent des projets innovants dans une multitude de secteurs : éducation, santé, énergie, services financiers, agriculture, installations sanitaires…

Une forte croissance par rapport au reste du monde l’Afrique est un continent en pleine mutation, et attire de plus en plus les investisseurs. Les économistes remarquent qu’elle a particulièrement bien tenu lors de la crise financière mondiale. La Banque mondiale table sur 5% de croissance pour 2015-2016, boostée par la demande intérieure d’une classe moyenne grandissante.

Autre bonne nouvelle, l’entrepreneuriat y est de plus en plus facilité, comme le note l’institution qui a cité le Burundi, la Côte d’Ivoire et le Rwanda parmi les 10 pays ayant le plus amélioré la réglementation des affaires en 2016.

Pour Ndidi Nwunelid, les femmes assertives même si elles évoluent parfois sur un terrain mouvementé au grès des législations nationales (les femmes représentent par exemple 12% des propriétaires de terrains alors qu’elles produisent 70% de la nourriture sur le continent…). Les Africaines profitent elles-aussi de ces belles perspectives économiques? Et cela ne date pas d’hier. Au Bénin, on affublait même d’un petit surnom évocateur ces femmes parfois illettrées qui avaient réussi à se bâtir de vrais empires : les « Mama benz », des business women voluptueuses au volant de rutilantes berlines allemandes. Aujourd’hui, on voit arriver de jeunes entrepreneures bardées de diplômes, à l’image de Ndidi Nwuneli, titulaire d’un M.B.A à Harvard, et figure majeure de l’entrepreneuriat féminin en Afrique, à la tête de LEAP Africa, une organisation à but non-lucratif basée au Nigéria offrant des services de coaching aux entrepreneurs afin de les aider à développer leur leadership, leur réseau, mais aussi à accéder aux différents prêts et subventions.

On peut également nommer Phuti Mahanyele, CEO de Shanduka group (une société d’investissement pesant plus de 616 millions d’euros), ou encore la talentueuse Rapelang Rabana, fondatrice de la société Yeigo Communications Des femmes très sensibles aux valeurs, perchées sur de hauts talons, et résolument « assertives ». RAPELANG RABANA Se détacher du patriarcat Pour Rapelang Rabana, l’entrepreneuriat féminin est aussi une chance pour les femmes. Elles peuvent changer les règles d’une société encore très patriarcale, qui regarde parfois avec défiance les jeunes femmes célibataires qui se lancent dans le business. “Je pense qu’être entrepreneur m’a permis de me créer mon propre environnement, et de définir mes propres règles pour réussir, ainsi que de choisir comment je voulais vivre ma vie. J’ai aussi le sentiment que puisque de nombreux environnements corporates ont été créés par les hommes, ils ont dessiné un système favorisant les traits masculins traditionnels, comme parler fort pour attirer l’attention, user de l’agressivité pour persuader, parler simplement pour montrer son autorité (à l’inverse de parler pour être efficace et dire quelque chose d’utile), etc. Donc créer son propre business permet aux femmes de créer une nouvelle façon de faire les choses“, estime-t-elle. Les gouvernements africains ont également mis en place de nombreux programmes pour encourager l’entrepreneuriat féminin, mais pour la fondatrice de Rekindle Learning, tant qu’une législation ferme ne sera pas adoptée contre les violences faites aux femmes, (viol, mariages précoces ou mutilations génitales), “ils n’auront pas compris ce que c’est que de respecter et supporter une femme, et tout cela ne sera que de la poudre aux yeux“.

pour Afua Osei, l’ambition est le dénominateur commun de toutes ces femmes à haut potentiel. Faire grandir leur business, voilà le combat clef des Africaines. Car si certaines tiennent le haut de l’affiche, les choses sont malgré tout compliquées à niveau intermédiaire. D’après une récente étude menée par SMEDAN et le bureau national des statistiques – 42% des microentreprises au Nigéria sont gérées par des femmes entrepreneures. Cependant, seulement 13,57% des PME sont tenues par des femmes, une indication claire qu’elles ont du mal à grossir. De plus les plus grands obstacles sont l’accès au financement et aux marchés car une majorité de femmes entrepreneures n’ont pas suffisamment de formation commerciale, et de connexions avec les fournisseurs de services de business développement. Selon Rapelang Rabana, le problème est également que les investissements vont encore trop vers les industries traditionnelles comme les minerais, ressources naturelles, manufactures… et encore peu vers les nouvelles technologies. Yasmin Belo-Osagie et Afua Osei estiment aussi qu’il est nécessaire de sensibiliser les femmes à ce que signifie être un entrepreneur, mais aussi d’accroître leurs compétences dans des domaines tels que le marketing, la finance, les ressources humaines… « Elles doivent aussi mieux se vendre aux investisseurs. Ces derniers ont vraiment soif d’investir sur le continent, ils cherchent juste les bons deals », renchérissent-elles. Laissons le mot de la fin à Rapelang Rabana: “Les Africaines doivent être capables de se rendre compte de leur propre valeur, et se nourrir de leurs points forts pour exceller. Quand les femmes africaines réaliseront cela, nous découvrirons une force que le monde ignore encore“.

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